Le plongeon dans le corps de la phrase, celle-ci entraine à la suivante comme dans un motif japonais qui répète les lignes du motif comme la trame de tout ce qui peut s’observer, ligne à ligne reliée par la navette nécessaire et sans fin des jours que l’on voit dans les fibres de la fougère. Sans qu’il n’y ait vue d’ensemble la tête remonte à la surface pour ne pas se submerger, oublier jusqu’au sens de l’éloignement, les cotes ou le rivage,  l’eau scintillante de la surface, du rapprochement, du tôt ou du tard c’est dans une eau sans ligne,  hors de l’éveil que procure le soleil, sorte d’Atlantis de ce monde desséché si le cœur de l’étoile bat, résonnant sur la peau  l’eau prolonge les battements d’un lointain ailleurs alors englouti.

Dans une mare d’eau alors que les grenouilles sont à leur joie et sans parler du lotus
dans la vase
pauvre corps ! comment ne pas relever la tête pour respirer et ne pas mourir noyé

Sur le journal des jours s’effacent les portées de lignes sensées aider les oiseaux. A chanter. Le silence bruisse entre les veines du bois et s’y est installé pour longtemps comme pour un long hivernage. Ce n’est pas de refuser de desserrer les dents, de cassures ni de froid, un sourd gourdissement et la rivière  prise sous les glaces continue à lentement couler le jour, la nuit est un long halo .

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La peur qui espérait retenir la folie de n’être retenu par rien a fini par devenir aussi verte que les algues par le fond, ce qu’elle retient s’est  laissé porté sans pathos par le courant sans juger de rien ni être détenu ou alors temporairement le temps que les accroches cèdent et que les points obscurs de la tristesse s’effacent devant la cavalcade.

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comme en étendue

D’où vient que le bateau chasse sur sa longe et qu’il fait de petits bons, comme poussé par la pression d’en bas, cela pourrait être la neige ou le brouillard, il n’y a pas de monstres en dessous et le couvercle ambigu pèse dans les tons même de l’eau même, la lumière inévitable sans décombres des remous bouillonnants du fond, navire s’il y en eut, toute la largeur est parsemée de tempêtes qui étirent les intuitions de l’eau comme en une étendue.

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Malgré ce grand age la fuite en avant signifiait que l’on s’enfonçait délibérément dans la jeunesse, ré-ouvrant une vie, en refermant une autre, systématiquement traquant  la possibilité d’une fuite car il devait y avoir l’idée de fuite au milieu de celle plus belle de la migration des oies, du tunnel dans les marges permettant d’échapper aux grands fauves, Les bibliothèques s’écroulaient et sous les ruines parmi les pans des pages il y avait un glissement que l’on pouvait suivre si on le percevait et tournant encore une page, en écrivant une, profitant de la déroute pour prendre un train, voler un aéroplane, à fond de caisse sur les routes de nuit en voiture, le matin être à Barcelone, à Antigua un livre à la main  celui oublié sur l’étal d’un boucher, la couverture est corné,c’est la porte qu’il faut pousser.

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Tombe en dessous

Quand on a vieilli on pense que l’on a accumulé affiné les expériences, que l’on s’est dirigé vers la somme des horizons, la pointe effilée le corps dans sa lancée croit en la cible. Mais la mer est toujours aussi plate et l’on s’est endormi l’on est mort en chemin ou les autres sont morts et il n’y toujours pas de maison en vue, juste la mer plate pour reprendre l’image du rafiot qui se couvre de rouille creusant dans sa coque des trous étoilés. C’est alors que vieillir c’est se retrouver sans chemin, sans maison, sans étendard tous les proches étant mort la demeure  en nous écroulée car les fils  sont dénoués, seul sur la glace et les neiges ou la mer immense est vide, sans un souffle de vent une tombe en dessous attendant qu’elle s’ouvre.

Cy Twombly
Cy Twombly